| |
HISTOIRE D'UNE RENAISSANCE ANNONCÉE...
|
Bonjour, chers visiteurs,
Pour vous permettre de mieux suivre mon incroyable histoire, j'ai demandé à mon amie Céline de l'illustrer grâce à ses talents de photographe et à Catherine de la transcrire le plus fidèlement possible. N'hésitez pas à cliquer sur les photos pour admirer toute la beauté de ma métamorphose...
Je me présente… Je m'appelle Sidonie. Sur cette photo, j'étais une toute jeune chenille et je partais déjà à la découverte du vaste monde.
|
|
|
Sur mon chemin, je me gorgeais de savoureuses feuilles d'asclépiade, ma nourriture favorite et exclusive. À d'autres elle paraîtrait insipide et même franchement mauvaise. Mais voilà… j'avais suivi le conseil prodigué par mes aînés : ingurgiter une plante dont la sève est toxique afin de devenir… vénéneuse !
Je me sentais tellement fragile à l'époque, hypersensible même. J'avais donc adopté cette stratégie pour me protéger du monde hostile m'environnant. J'ai ainsi créé en moi une saveur détestable et sur moi une « carapace » protectrice colorée signifiant : « Attention chenille vénéneuse ! » De cette façon mes prédateurs potentiels étaient avertis du danger encouru et ne se risquèrent pas à me goûter. Ce truc a très bien fonctionné pour moi !
|
Je pus donc m'adonner le plus tranquillement du monde à mon activité favorite : manger, encore manger, toujours manger, accumuler un maximum de calories, devenir toujours plus grosse, toujours plus grasse, en d'autres termes, toujours plus belle et désirable aux yeux de mes semblables…
Là, je venais juste de passer du stade de « l'enfance » à celui de « l'adolescence ». J'ai adoré cette période insouciante et un peu rebelle de ma vie. J'ai vraiment fait les quatre cents coups ! D'ailleurs, vous me voyez en train de faire du trapèze volant…
Les jours ont continué à défiler ; « d'adolescente », je suis passée à « l'âge adulte ». Le train train quotidien de ma vie a commencé à me peser sérieusement. En y repensant bien, j'avais tout ce dont une chenille heureuse pouvait rêver. Vu de l'extérieur, j'étais une chenille comblée.
|
|
Et bien, allez savoir pourquoi, je ne me sentais pas du tout, mais alors pas du tout, comblée. En fait, je me sentais terriblement seule, mal-aimée ; affreuse malgré tous les efforts déployés pour me maintenir à mon avantage et faire bonne impression ; si minuscule et impuissante face à ce monde sans pitié. En faisant tout pour survivre et me protéger des dangers potentiels, je me suis peu à peu isolée sans même m'en apercevoir ; mes congénères sont devenues des étrangères.
À ce point de ma vie, tout a commencé à perdre son sens. J'ai progressivement sombré dans une espèce de léthargie. Je n'ai plus eu de goût à rien. Les choses faisant vibrer mes belles antennes autrefois me laissaient désormais indifférente. Mon corps me semblait lourd comme du plomb. Chaque tâche à accomplir devenait tellement pesante. Tout me semblait tellement ennuyeux. J'ai alors commencé à me réfugier dans le monde imaginaire des chenilles et je me suis mise à rêver de l'impossible… D'autres chenilles, elles aussi, traversaient cette phase. Nous ne comprenions vraiment plus rien à rien.
Lorsque cette photo fut prise je n'avais même plus envie de me nourrir. Je me repliais de plus en plus sur moi-même. J'étais triste et je pleurais fréquemment en cachette. Je tentais bien de me raccrocher à mon passé familier, mais c'était comme si chaque chose à laquelle je tenais m'était retirée au gré des circonstances…
|
C'était vraiment trop injuste ! Qu'avais-je donc fait pour mériter cela ? De guerre lasse, j'arrêtai de lutter contre ce malaise envahissant et insidieux. Rien ni nulle autre chenille ne pouvait le dissiper. J'ai parfois regretté d'être vénéneuse ; avoir été engloutie par le premier prédateur venu aurait résolu tous mes problèmes. J'avais fini par trouver un peu de réconfort en me suspendant dans le vide par les valves anales situées à l'extrémité de mon abdomen. J'avais fait en sorte de bien les arrimer au petit tapis de soie tissé par mes soins sur mon support. Cette position inhabituelle pourrait vous sembler ridicule, voire dangereuse (de fait, au début, je n'arrêtais pas de vérifier la solidité de mon système d'attache). Au bout du compte, j'étais solidement ancrée et je me sentais vraiment en sécurité.
|
J'ai ainsi commencé à m'intéresser à ce qui se passait au fond de moi sans me laisser distraire par les sollicitations extérieures de toute sorte.
En me tournant vers l'intérieur, j'ai découvert des choses insoupçonnées sur moi-même. J'en adorais certaines et j'en haïssais d'autres. Durant ce processus, j'appris à les regarder en face honnêtement et à les accepter une à une sans porter de jugement. J'ai réalisé plus tard qu'elles faisaient partie intégrante de mon être.
|
|
| |
Le plus dur fut de me dépouiller de tout ce qui était cher à mon cœur, en particulier de ma belle « carapace » protectrice colorée dont j'étais si fière. Je me sentais laide, mise à nu ; mes belles rondeurs colorées s'étaient évanouies, transformées en une masse informe verte.
|
|
| |
J'étais désormais incapable de fonctionner comme j'en avais eu l'habitude dans ma jeunesse. J'avais parfois l'impression de devenir folle, de perdre la raison. Bien souvent j'ai voulu faire marche arrière et retrouver ma vie tranquille d'autrefois. Dans ces moments-là, j'avais tendance à refuser les changements s'opérant en moi. Plus je leur résistais et plus le processus devenait douloureux et compliqué. Plus je m'y abandonnais et plus il devenait facile et simple. Fatiguée de souffrir, j'optai finalement pour la voie de la simplicité et j'appris tout doucement à me faire confiance et à m'aimer telle que j'étais…
| |
|
|
| |
Sur cette photo, vous pouvez d'ailleurs constater les conséquences de mon évolution : j'ai laissé tomber mon identité de chenille, si chère à mon cœur. J'étais en passe de devenir « autre chose » d'encore indéfinissable. Cette sensation était plutôt angoissante. Je n'avais plus rien à quoi me raccrocher. J'avais une seule certitude : je me sentais en sécurité à l'intérieur de moi et, lorsque la peur de l'avenir me tenaillait, je m'y réfugiais volontiers. Ce fut l'une de mes plus belles découvertes et j'ai très envie de la partager avec vous, chers lecteurs :
| |
|
|
| |
la vraie sécurité réside en soi. Jamais vous ne la trouverez en mettant en œuvre des stratégies externes pour vous protéger des aléas de votre existence. Il subsistera toujours en vous un doute, si infime soit-il, sur leur efficacité.
|
|
|
Mes découvertes intérieures induisaient une transformation profonde de mon identité dont je n'étais pas encore totalement consciente. Avec le recul et grâce à cette photo, c'est plus évident. Je ressentais toujours mon corps, bien sûr, mais différemment, plus léger, plus grand aussi. Durant cette période, je nourrissais les rêves les plus fous : je m'imaginais volant, visitant des contrées inexplorées, ingérant des nourritures différentes. Durant mes rêveries je me sentais libre comme l'air. Lorsque je quittais cet état délicieux, je me trouvais de plus en plus folle : d'où pouvaient bien venir de tels rêves ? Avait-on jamais vu une chenille faire ce genre de choses ?
|
Cette photo est très importante à mes yeux car je fus confrontée à un choix important à ce stade de mon existence : celui d'une vie terne, limitée, ralentie et faite d'imagination dans la sécurité et le confort de mon univers familier ; ou celui d'une vie riche et facile, remplie de nouvelles expériences et de potentiels inconnus parfois effrayants.
|
J'espérais qu'un événement extérieur me contraindrait à choisir une voie plutôt qu'une autre. Mais rien ne se produisit. Je commençais à m'étioler sérieusement. Je ressentais une espèce d'immobilisme et d'asphyxie. Je pesai longuement le pour et le contre de ces deux options. La solution à mon dilemme se présenta à moi, telle une évidence, dès que j'abandonnai ma réflexion stérile : pourquoi raisonner en terme de bon ou de mauvais choix ? Pourquoi ne pas suivre la voix authentique de mon cœur ? Pourquoi ne pas « gommer » ce qualificatif de « bon » ou de « mauvais » et de le remplacer par « choisir de vivre telle ou telle expérience » ?
|
Expérimenter « rester dans mon univers familier » m'apportera quelque chose ; expérimenter « partir vers l'inconnu » m'apportera autre chose... J'ai éprouvé un tel soulagement ce jour-là ! Je n'avais plus besoin de qualifier mes expériences de bonnes ou de mauvaises mais d'oser les vivre, tout simplement, sans attente ou jugement particulier de ma part.
Cette photo immortalise un grand moment de ma vie. Vous me voyez formuler mon choix : « je choisis une vie facile, l'abondance et l'inconnu. » À peine avais-je fini de m'exprimer que mon « enveloppe » protectrice se mit à se fendre par le bas. Une grande bouffée d'air, saturé de senteurs nouvelles, envahit mon habitacle rempli d'air vicié. Je sus, sans l'ombre d'un doute, que tous mes rêves les plus fous allaient devenir réalité ; il suffisait de faire des choix conscients et d'en assumer la pleine responsabilité. C'était si simple au fond !
|
|
|
Sur ces clichés successifs, vous me voyez m'extirper péniblement de mon petit « nid douillet » familier ; je m'y raccrochai encore pendant quelque temps pour me rassurer. Je me sentais tout engourdie, abasourdie.
| |
|
|
|
Tout paraissait avoir changé autour de moi ; pourtant mon environnement extérieur ne semblait pas s'être modifié… Se pourrait-il que mon changement intérieur, mon nouveau regard sur la vie « l'influence » à ce point ? Je m'octroyai de longues minutes pour intégrer ces sensations nouvelles et exaltantes.
| |
|
|
| |
|
Je sentais mon corps se dilater, se déplier progressivement. Une merveilleuse transformation s'était opérée en moi : je pouvais désormais remuer de drôles de choses situées sur mon thorax. Ce faisant, mes pattes se décrochèrent de leur support et je me retrouvai dans les airs.
| |
| |
|
La peur m'envahit car cette sensation m'était totalement inconnue. Instinctivement, je remuai de nouveau ces choses, encore et encore et je commençai à voir se dérouler sous moi les paysages de mes rêves...
| |
|
Je fus attirée par une odeur familière : l'asclépiade de mon passé. Je délaissai ses feuilles et me dirigeai instinctivement vers une jolie ombelle au parfum enivrant. Je fis une découverte stupéfiante : je pouvais me gorger de son nectar sucré et raffiné ! Mes mandibules d'autrefois s'étaient transformées en un drôle d'appendice me permettant d'aspirer ce suc exquis.
|
Je repris mon envol incertain et atterris, cette fois, sur une branche d'arbre voisine pour y reprendre mes esprits.
Soudain, à mes côtés, vint se poser une merveilleuse créature. À ma grande surprise, elle engagea avec moi la conversation et je la compris. Je lui demandai son nom. Elle me répondit :
« Je suis un papillon Monarque, tout comme toi. Je suis un Roi et tu es une Reine. Cet appendice dont tu te sers pour te nourrir s'appelle une trompe et ces choses étranges sur ton dos des ailes. Elles te confèrent un privilège précieux : la liberté. Chaque Monarque est le souverain de son propre royaume. Il le crée en formulant ses choix personnels. Il en assume l'entière responsabilité, menant ainsi la vie dont il rêve en toute autonomie. »
Ses paroles résonnèrent longtemps en moi… Moi, petite chenille rampante, insignifiante, si fragile et si limitée, comment pourrais-je jamais devenir une « Reine-Monarque » ? La réponse, telle une brise légère, surgit du plus profond de mon être : « Tu es un Monarque... c'est ton héritage... tu n'as rien à faire de particulier pour le devenir… il te suffit simplement de l'accepter et d'arrêter de te mentir à toi-même… »
Je croyais avoir tout perdu au cours de cette transformation et j'en étais désespérée… À l'époque, je voyais l'arbre et non la forêt... euh... je voyais l'asclépiade et non la prairie ! En fait, je me suis simplement débarrassée de l'ancien pour faire place à la nouveauté.
Moi, Sidonie, chenille de mon état, ignorait tout de ma lignée royale. Je ne vis plus en aveugle car désormais, je sais…
Voilà, je dois vous laisser maintenant car il est temps pour moi de partir pour un long voyage. Nous, les Monarques, sommes l'une des rares espèces de papillons au monde à effectuer 4 000 kilomètres lors de notre migration saisonnière, depuis le Canada jusqu'au Mexique. Certains d'entre nous effectuent même l'aller et le retour !
Si d'aventure votre chemin croise le mien, au hasard de nos pérégrinations, faites-moi un signe... Je viendrai aussitôt me poser sur votre épaule et nous partagerons bien d'autres histoires !
Ah ! J'oubliais le plus important… peut-être l'aurez-vous deviné ?
L'histoire de ma renaissance c'est aussi VOTRE histoire…
En formulant clairement vos choix, vos rêves deviennent réalité...
Si vous n'osez pas explorer seul ces territoires vierges,
Catherine, mon amie de toujours, ma plus fidèle « supporter », vous offre son soutien inconditionnel.
Copyright ©2007-2009 Catherine Nicot - CreatorGoods 2007-2009 Catherine Nicot
|
|
|